Laisser la place aux pendulaires... et puis quoi encore?

(Publié le 25 Avril 2016 dans le Blog CFF)

Les personnes voyageant pour leurs loisirs n’auraient rien à faire dans les trains aux heures d’affluence, de 6h à 8h, puis de 17h à 19h. Marianne Schild a bien réfléchi à cette opinion très répandue et nous livre ici son billet d’humeur.

Je suis toujours surprise d’entendre des pendulaires se plaindre des personnes qui prennent le train aux heures d’affluence pour leurs loisirs. Sans doute avez-vous aussi remarqué cette marotte des blogueurs pendulaires, princes et princesses autoproclamés du réseau ferroviaire. En général, ça donne des commentaires comme:

  • «Et là sur le quai, il fallait le voir pour le croire: un père et ses deux enfants qui poussent pour rentrer dans le train déjà bondé! En plus avec une poussette. Vous imaginez? Une poussette!»
  • «Oh là, là! Les randonneurs. Avec tout l’attirail, hein: chaussures et polaires. Évidemment, ils sortent tous un casse-croûte de leur sac, pourquoi se gêner? Et quand ce n’est vraiment pas ton jour, ils se lancent aussi dans une partie de jass endiablée.»
  • «Non mais sérieusement, qu’est-ce que des groupes viennent faire en première classe? Qu’est-ce qu’ils peuvent être bruyants! Parce qu’ils ne se privent pas de papoter, en plus.»
  • «Pouvez-vous m’expliquer ce qui pousse des retraités à prendre un train de Zurich à Berne à 7h02? Ben oui, toutes ces tempes grisonnantes, là, ce sont bien des retraités. Si vraiment ils ne peuvent pas voyager à un autre horaire, qu’ils trouvent une autre solution au lieu de mettre en péril la croissance économique en mettant trois bonnes secondes à descendre du train.»

J’ai régulièrement à faire à ce genre de personnages, même dans mon entourage privé. Ces gens estiment que les trains de 6h à 8h et de 17h à 19h sont faits pour ceux qui voyagent pour le travail, et que les autres doivent leur laisser la place. Eh oui, parce que les pendulaires N’ONT PAS D’AUTRE CHOIX que de voyager aux heures de pointe. Je parie que vous aussi, vous avez entendu cette rengaine des milliers de fois. Sauf que, ces voyageurs n’ont-ils vraiment pas le choix? Si on en croit les études (et Je crois aux études), 50% à 65% des actifs en Suisse peuvent choisir leur lieu et leurs horaires de travail. Et mon petit doigt me dit que ces pendulaires revendicateurs en font partie. Mais je peux me tromper. Peut-être que les princesses autoproclamées du rail sont toutes vendeuses chez Coop ou enseignantes, et donc coincées par leurs horaires fixes. En fait, peu importe. Ce qui est certain, c’est que dans les trains bondés aux heures de pointe, une large part des voyageurs auraient pu choisir un autre horaire. En voyageant aux heures creuses, ils pourraient payer moins cher, faire un geste pour l’environnement et être bien plus à leur aise, quel que soit le motif de leur trajet.

Normes sociales

Si seulement on pouvait dépasser les normes sociales bien ancrées qui veulent que l’ardeur et le zèle au travail impliquent forcément de se lever à l’aube. Oh oui, ce serait une bonne chose que l’idée selon laquelleceux qui ne travaillent pas n’ont pas la même valeurne trouve plus écho dans notre société. Il suffit de regarder la série «Trepalium»diffusée sur Arte France pour se rendre compte que cette conception a un avenir, dont nous ne voulons pas. À celui qui dit: «Le monde appartient aux lève-tôt», je réponds: «Respecte ton rythme biologique». Si on m’affirme: «Le temps, c’est de l’argent», je réplique: «Rien n’est plus précieux que le temps libre». Et à ceux qui rabâchent: «Les personnes qui voyagent pour leurs loisirs doivent laisser la place aux pendulaires», je rétorque «Et pourquoi donc? À vous de faire de la place!» On appelle cette nouvelle façon d’aborder le travail Work Smart, et elle présente bien d’autres avantages.

Un jeu pour employés et supérieurs

Il est bien sûr essentiel que les employeurs jouent le jeu. Mais au fait, justement, pourquoi ne pas en faire un jeu? Incitez vos collègues et vos supérieurs à y participer. Dix points pour une réunion par visioconférence. Vingt points pour tout trajet domicile-travail dans un train non bondé. Trente points à chaque fois que vous parvenez à convaincre votre équipe de ne pas aller dîner avant 13h. Si certains collègues arrivent plus tard ou partent plus tôt, on a moins mauvaise conscience dès le premier jour. Et au bout de quelques semaines, personne n’y prête plus attention. À la fin du mois, celui ou celle qui a cumulé le plus de points a le droit de porter la couronne. Ce serait aussi un bon moyen de savoir qui mérite réellement le titre de princesse ou prince des pendulaires.

Pour savoir comment les CFF espèrent convertir leurs propres collaboratrices et collaborateurs au travail flexible, je vous invite à regarder la série documentaire en cinq parties «House of Smarts»: pourquoi ne pas commencer vos cinq prochaines réunions en équipe en visionnant un épisode? C’est rapide et très instructif, même pour les cadres.

Pour finir, je voudrais m’adresser à tous nos chers amis qui voyagent pour le plaisir: soyez les bienvenus dans nos trains à toute heure! Personnellement, je vous conseille de prendre le train aux heures creuses. De cette manière, aucun risque d’être dérangé par le cliquetis des claviers ou le silence pesant...